Mois : octobre 2022

Serket

Mars 1996, Musée d’Histoire.

Twinset vert pomme, j’ai onze ans. L’école avait décidé de nous emmener au Musée du Cinquantenaire, devenu maintenant le Musée d’Art et d’Histoire. Toute une épopée pour les petits villageois que nous étions. Salle égyptienne, j’étais fascinée par les bijoux – j’ai d’ailleurs gardé ce goût pour les bijoux ethniques-, le nez accroché aux vitrines, perdue dans un monde mystérieux où les gens marchent en crabe. Tandis que nous déambulions nonchalamment d’une vitrine à l’autre, le guide nous posait des questions sur cette extraordinaire civilisation. Mes camarades étaient médusés. Petit moment de suspense, qui répondrait ? personne n’osait lever le doigt téméraire qui les aurait rendus ridicules à coup sûr. Alors je répondais, systématiquement, à toutes les questions. Ah, je lui plaisais au petit guide à cheveux gris ! Il souriait, heureux. Les profs accompagnants étonnés, me lançaient des regards perplexes. Je n’étais habituellement pas une élève très brillante. Pas par bêtise, mais par paresse.

Serket, déesse du scorpion

D’où me venaient les réponses ? Une énigme. Avant d’entrer dans ce musée je connaissais à peine le mot « Toutankhamon ». Et là, face à ces merveilles, elles coulaient, fluides, évidentes. Mon esprit était habité par l’âme du pharaon hérétique Akhenaton, heureux époux de Nefertiti. Premier monothéiste, seulement Râ le dieu suprême, et entame le règne du soleil. Une âme sœur, une fulgurance temporelle, l’esprit d’un rebelle, d’un « outsider ». La reliance sporadique que j’avais avec l’univers a commencé là, devant une statuette d’albâtre aux yeux charbon, traits d’eyeliner parfaits, soulignant son regard, une invitation à plonger dans les ténèbres. Ses bras étirent sa robe plissée, des ailes irisées, elle est la liberté, elle est la vie, l’éternité. J’étais paralysée, un flux bleuâtre me reliant à son esprit

Max me secoue l’épaule en faisant « hey, t’es là ? ». Je sors à contrecœur de cette rêverie fabuleuse, toute étonnée d’être toujours là, les autres sont agglutinés autour de moi. Madame Chavez me demande si je vais bien. Je réponds oui en baissant la tête, puis je lui souris. Je vais bien madame, juste que j’aime bien cette statue. Je mentais, je me sentais comme dans de la ouate, au bord du malaise et du vomissement. Je suis rentrée chez moi dans un état second. J’ai tellement parlé de cette visite à ma mère qu’elle m’a acheté un beau livre sur la civilisation égyptienne. Là j’ai retrouvé cette déesse incandescente son nom : Serkit, celle qui donne la respiration. Bienveillante, elle protège les guérisseurs.

Depuis, je suis la folle, celle qui a une araignée au plafond. Celle qui se croit mieux que tout le monde. J’avais des absences que j’étais incapable de contrôler. Je partais dans un autre monde, toujours pour y trouver des informations éparses, incompréhensibles. Des réponses à des questions que je n’avais pas encore posées. Des bribes de vies.

Serkit avait gravé sa marque dans mes veines.

Quintessence

Notre vie est-elle planifiée à l’avance, avons-nous le pouvoir de la contrôler? Cela vaut à notre échelle personnelle, mais aussi pour les groupes qui forment des entités, égrégores, et créent de nouveaux paradigmes.

Sans m’en rendre compte, j’ai enregistré un film que j’ai déjà vu. « The Words », un écrivain médiocre qui trouve un manuscrit et se rend compte qu’il ne pourra jamais écrire comme cet écrivain, inconnu, disparu. Un manuscrit trouvé dans une sacoche à Paris, en voyage de noces.

C’est là que je me dis, et moi ? Je m’y mets quand ? Est-ce que j’ai les « gutts », la constitution, le souffle pour faire couler les mots comme une vague. Incessant reflux. Quand serais-je capable d’accoucher du message qui me ronge. L’humanité se transforme, quelle est la meilleure échappatoire ; basculer dans l’abîme de l’ignorance et disparaitre,  ou s’élever vers un rêve jamais réalisé à ce jour.

Je dois vous parler des deux races, de notre ADN et nos neurones que l’on peut modifier, à condition de suivre quelques règles essentielles ; vous emmener dans les sentiers que j’ai suivis, pour devenir qui je devrais être. Un être hors normes, le surhomme de Nietzsche ?  Homo sapiens, sapiens et plus… Tout est réseau, toile d’araignée, intrication.
A la découverte de nouveaux pouvoirs et capacités.